Société écologique et Smart City sont-elles compatibles ?

Telle qu’elle est présentée dans le discours médiatique et entrepreneurial, la Smart City a pour raison d’être l’atteinte d’un objectif de société écologique. Les enjeux environnementaux sont donc par conséquent, au cœur des discours sur la Smart City.

Optimiser les territoires à l’aide des nouvelles technologies peut présenter quelques contraintes, voire être de véritables défis. Les liens entre Smart City et société écologique ne sont pas si évidents au regard de plusieurs éléments.

Un effet rebond trop sous-estimé

Tout d’abord, nous sous-estimons trop l’effet rebond. Ce dernier concerne l’implémentation de solutions basées sur les nouvelles technologies, il est définit comme étant « l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie ».

Qu’il soit « direct », « indirect » ou « macro-économique », l’effet rebond est une notion théorisée depuis bien longtemps, mais qui reste aujourd’hui incomprise.

L’exemple des transports 

S’il est admis que l’innovation technologique réduit le coût du transport, elle entraîne également un allongement des distances parcourues. Une conséquence qui augmente sensiblement la consommation globale de carburant (entre 20 et 30 % pour les Etats-Unis, par exemple).

Autre cas concernant le transport, qui concerne la politique mise en place par le Danemark. Ce pays, qui a engagé une forte politique de modification des formes du travail axé notamment sur le télétravail, a connu une réduction des déplacements motorisés en moyenne de 105 km /semaine et par salarié concerné, sur le trajet domicile-travail. Ce succès a néanmoins été fortement nuancé par un pic lié à de nouveaux déplacements personnels, effectués durant la journée, à hauteur de 77 km /semaine/salarié concerné.

Dans la Smart City, l’effet rebond peut, à terme, devenir important et ainsi nuire à l’objectif initial de réduction de l’empreinte carbone des territoires.

Les effets de la multiplication des objets connectés

En outre, la question de la multiplication des objets connectés, symbole de la société de consommation, doit également être posée.

Gestion des places de parkings, éclairage urbain ou encore habitat individuel et bâtiments publics, la ville de demain est littéralement prise d’assaut par les objets connectés. Domenico Arpaia, CEO d’Orbiwise, estimait en 2017 que l’humanité atteindra les 50 milliards d’objets connectés d’ici à 2022, pour un marché de l’IoT qui pourrait grimper jusqu’à 100 milliards de dollars.

Quel sera l’effet des milliards d’objets connectés sur notre consommation d’énergie ? Et qu’adviendra-t-il lorsque la Chine, l’Inde ou l’Afrique porteront leur consommation de produits technologiques à notre niveau ?

Un paradoxe à connaitre

Enfin, l’invasion de la technologie dans l’espace urbain pose une dernière question : celle des terres rares et de l’énergie nécessaires à la fabrication de ses objets à forte valeur technologique. Les terres rares comprennent 17 métaux (le scandium, l’yttrium et les 15 lanthanides), qui possèdent des propriétés exceptionnelles, et qui permettent de concevoir des produits de haute technologie.

Si les progrès technologiques rendus possibles par ces métaux précieux permettent de réduire la consommation d’énergie et in fine de limiter la pollution, l’extraction de ces métaux et de ces terres rares est quant à elle une industrie très polluante. L’érosion des sols est ainsi 50 fois plus élevée sur les sites d’extraction de ces métaux qu’ailleurs.

En outre, des éléments toxiques sont rejetés lors du raffinage des terres rares : uranium, métaux lourds et acide sulfurique notamment. Les pollutions évoquées ont bien entendu un effet désastreux sur les populations travaillant sur les sites d’extraction de ces minerais aujourd’hui indispensable à nos vies connectées.

Et vous, pensez-vous que société écologique et smart city sont compatibles ?

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