Quel rôle pour le citoyen dans la ville intelligente ?

Les promesses offertes par le numérique dans la ville s’appliquent aussi aux citoyens. D’ailleurs, lutter contre une participation citoyenne en berne est aujourd’hui l’un des objectifs avéré de la plupart des municipalités s’engageant dans des politiques Smart City.Il faut dire que les tendances participatives des citoyens ne sont guère encourageantes.

En témoigne l’évolution du taux d’abstention aux élections municipales en France, passé de 21,6 % en 1983 à 36, 4% en 2014. Ces chiffres inquiétant permettent de conclure qu’il existe un véritable défi de participation des citoyens dans la ville.

Participation et numérique dans la ville d’aujourd’hui

La plupart des territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux, apportent une réponse similaire à ce défi de participation. Des pages Facebook ainsi que des applications de mise en relation citoyenne ont ainsi vu le jour un peu partout en France et ailleurs.

À titre d’exemple, la ville de Roubaix fut l’une des pionnières dans la mise en place d’une application censée gérer les relations avec ses usagers, leur permettant notamment de communiquer directement aux autorités les dysfonctionnements qu’ils constatent dans leur quartier.

La nécessité d’aller plus loin

Si ces initiatives ont parfois apporté une véritable plus-value dans la gestion de la relation avec l’usager, la prise en compte du rôle du citoyen dans la ville doit sans doute aller plus loin.

D’ailleurs, ce dernier est souvent envisagé comme un usager des services de la ville, et non comme un contributeur, même si sa nouvelle capacité à signaler un trou dans la chaussée ou une dégradation peut le laisser paraître.

Participation et fracture numérique

En outre, la mise en place des ces plateformes numériques posent également d’autres débats, au premier rang desquels se trouve la fracture numérique. Définie comme la disparité d’accès aux technologies du numérique et notamment internet, elle peut être géographique (le territoire est mal couvert par le réseau), générationnelle (les personnes jeunes sont censées mieux maîtriser les technologies que les séniors), ou sociale (les classes favorisées disposant d’un meilleur accès aux différentes technologies).

Implanter de la technologie partout dans la ville présente ainsi le risque d’aggraver ces disparités. D’autant que si de plus en plus de citoyens maîtrisent l’utilisation des nouvelles technologies, ils sont beaucoup moins nombreux à en saisir les enjeux, notamment sur les questions de données et de surveillance.

Une remise en cause de l’intérêt général ?

Plus largement, c’est la notion même d’intérêt général qui peut à terme être bouleversée dans la Smart City. En effet, les industriels de la donnée que sont les GAFA américains (Google Amazon Facebook Apple), ou les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), développent des technologies qui s’appliquent à de nombreux secteurs de la ville : déplacements, logements, accès internet etc. Cependant,  ces développements sont sous-tendus par des modèles économiques axés sur une profitabilité qui menace l’intérêt général.


L’exemple du partenariat entre Uber et deux localités de Floride, le projet Link de Google à New York, ou encore, l’initiative Free Basics de Facebook fonctionnent avec des modèles de gratuité sous tendus par une utilisation des données à des fins commerciales, et notamment publicitaires. Selon la CNIL, on est alors davantage dans un service « au public », plutôt qu’un service public.

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