Les coulisses de la mise en lumière de “La Pépite” : Interview de Rozenn Le Couillard

Suite à l’aboutissement du projet « La Pépite », une mise en lumière dans la ville de Mons-En-Baroeul, nous avons rencontré Rozenn LE COUILLARD, conceptrice lumière, afin de nous glisser dans les coulisses de ce beau projet.

1. Pouvez-vous nous parler de votre parcours dans la conception lumière ?

Je suis issue d’une formation en Arts Appliqués de l’École Supérieure des Arts Appliqués Duperré. Après celle-ci, je suis partie vivre en Écosse, à Edimbourg, pour toucher à la fois à l’urbanisme, à l’architecture et au paysagisme. À savoir que ces trois axes sont les trois échelles que la lumière peut rencontrer.

À la fin de mes études, je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire. C’est en rentrant en France que j’ai commencé à vouloir rencontrer des concepteurs lumière et à prendre contact. Cette initiative m’a permis de travailler avec François MIGEO au sein de l’agence Grandeur Nature, connue aujourd’hui sous le nom de 8’18’’. J’ai eu la chance de finir associée de l’agence au bout de quelques années.

En 2014, suite à des changements personnels et à des choix de vie, j’ai décidé de créer ma propre agence: Noctiluca. Cela me paraissait naturel et m’a permis d’aborder des sujets qui me semblaient déjà importants à l’époque tels que l’environnement et la façon dont on peut agir sur la vie des gens grâce à de belles choses, afin que l’éclairage soit ressenti comme quelque chose d’agréable et non perçu comme quelque chose de subi.

Quand on commence à toucher à la lumière, que l’on voit toutes les possibilités et la finesse à laquelle on peut arriver, on ne peut pas en sortir, on regarde tout et tout le temps ! Où que je sois, je regarde. La lumière, c’est une passion de tous les jours.

mise en lumière éclairage architectural la pépite

2. Pouvez-vous nous parler du projet « La Pépite » ?

La demande et les besoins

Tout a commencé quand, un jour, en ouvrant ma boite mail, j’ai aperçu une demande de devis pour ce projet. Je ne connaissais ni le sujet, ni la ville de Mons-En-Barœul. J’ai alors posé plusieurs questions afin d’obtenir des réponses complémentaires. La ville souhaitait mettre en valeur ce bâtiment par une mise en lumière. Un bâtiment alors en cours de construction, situé en face de l’hôtel de ville et considéré comme une « pépite » par sa localisation dans le nouveau cœur de ville.

Après avoir obtenu quelques précisions, j’ai répondu à ce projet en exposant mon point de vue et en proposant une réponse à l’architecture la plus fine possible. Je souhaitais en effet apporter une solution de l’ordre de la vibration et qui soit une réponse de ce que pourrait être le jour à la nuit. À l’époque, le bâtiment n’existait pas, mais les images qui m’ont été montrées défendaient l’idée de la vibration lumineuse avec la présence des croisillons et la manière dont la lumière pouvait interagir avec les logements à l’intérieur.

J’ai donc envoyé ma note d’intention expliquant ma vision du projet, mes propositions ainsi que mon approche environnementale. J’ai également précisé mon opinion par rapport aux logements, expliquant qu’il était important de prêter attention aux nuisances lumineuses afin de sauvegarder le sommeil et de respecter le rythme de vie des personnes y habitant.

J’ai également évoqué qu’au vu des contraintes, il pouvait être intéressant d’adopter une approche autonome. Pourquoi une telle approche ? Parce-que les deux façades traitées (sud et ouest) étaient les plus visibles dans l’espace urbain et les plus exposées. Le chantier avait déjà commencé et aucun réseau électrique n’avait été prévu dans les études pour une éventuelle mise en lumière. En fait, tout collait pour voir la solution autonome comme une évidence dans ce projet.

Après mes propositions, est venue l’heure de la première rencontre. Celle-ci m’a permis de comprendre que l’architecte du projet était assez réticent à la mise en lumière de son bâtiment et que la demande émanait de la ville. J’ai donc adopté une approche rassurante et me suis engagée à lui soumettre toutes mes propositions avant que quelconque décision ne soit prise. Plusieurs propositions ont été soumises au cours du projet, permettant de trouver une solution respectant les envies de chacun des intervenants, les contraintes techniques ainsi que le budget alloué. Des essais ont ensuite été mis en place afin que tous les intervenants aient une idée claire de la mise en lumière.

Les contraintes rencontrées

Comme évoqué tout à l’heure, plusieurs contraintes ont été présentes dans ce projet.

La première est cette question de solution autonome puisqu’aucun réseau électrique n’avait été prévu dans les plans du bâtiment.

Ensuite, la partie technique de la réalisation devait être quasiment invisible, ce qui induisait l’obligation d’avoir des fils blancs. Pourquoi cette discrétion ? Tout simplement, parce-que si on veut que la mise en lumière soit belle, il ne faut pas qu’on comprenne d’où elle provient. Il faut que cela soit magique. C’est comme les magiciens, s’ils nous révèlent leurs astuces, ce n’est plus magique.

Enfin, s’est posé la question de la pose du matériel. Contrairement à d’habitude, nous n’avons pas eu besoin de faire appel à des électriciens mais à des cordistes ! Afin de faciliter leur travail de pose, il fallait que tout le matériel soit monté au préalable afin qu’ils aient juste à le poser. Quand on travaille sur un bâtiment comme celui-ci, avec une mise en lumière, il est important de bien régler chaque projecteur avant afin de diriger la lumière vers le bon endroit. Ce genre de réglage se fait donc de nuit pour pouvoir bien visualiser la mise en lumière. Le problème ici était de faire intervenir les cordistes de nuit sur un bâtiment composé de logements. Il fallait être le plus discret possible pour ne pas gêner les habitants. Une idée m’est alors venue à l’esprit, nous avons développé un petit appareil à poser sur les projecteurs avec un laser, qui, au moment de la pose, indiquait au cordiste où le faisceau lumineux devait être dirigé. Ils n’avaient donc qu’à suivre le plan, poser le matériel et diriger la lumière vers l’angle indiqué. C’est une idée que j’ai eu suite à une conférence à laquelle j’avais assisté auparavant. Le soir de la mise en place, il ne me restait que 3 projecteurs à régler sur les 70 posés, un gain de temps incroyable !

3. Quel message avez-vous souhaité transmettre à travers cette mise en lumière ?

La présence des croisillons et la manière dont la lumière pouvait interagir avec les logements à l’intérieur défendaient l’idée de la vibration lumineuse. Avec cette mise en lumière, j’ai souhaité apporter une réponse à l’architecture la plus fine possible et de ce que pouvait être le jour à la nuit. Cette mise en lumière est un hommage au soleil grâce aux ondes lumineuses qui évoluent lentement sur la soirée, mais aussi un hommage à la géométrie du vide avec les variations de lumière qui retranscrivent l’ensoleillement. Elle est également un hommage à la nuit par les ondes lumineuses qui disparaissent graduellement pour laisser place au ciel nocturne.

 

L’idée était qu’il y ait une vie sur cette mise en lumière et qu’elle soit plus de l’ordre de la finesse du soleil. Le soleil évolue lentement dans la journée et ne se couche pas en deux minutes. Les variations de lumière programmées pour cette mise en lumière sont naturelles et ont été pensées de manière à reproduire la nature, sa lenteur et son calme dans sa progression. Dans la programmation, on passe donc d’un blanc chaud à un blanc plus froid sur des temps très, très longs. Si on regarde le bâtiment, rien ne bouge. Pourtant, si vous passez à 17h00 et revenez à 18h00, quelque chose aura changé.

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4. En quoi les solutions proposées par Nowatt Lighting correspondaient-elles à vos besoins ?

Je connaissais déjà NOWATT LIGHTING avant ce projet. Leur module autonome (l’ONYX) permettait d’apporter une solution à la contrainte de l’absence réseau électrique. L’équipe a modifié le module afin d’en créer un peu plus petit, plus compact et discret afin de l’adapter aux contraintes du projet, tout en restant esthétique.

L’équipe NOWATT LIGHTING nous a également aidé à estimer la faisabilité du projet, et surtout, à estimer les variations de flux liés au solaire afin de penser la programmation. Le flux ne peut pas être le même en hiver et en été. C’est d’ailleurs en discutant avec eux que je me suis rendue compte que la solution résidait dans la poésie de la lumière du jour et dans la retranscription des flux lumineux du jour vers la nuit.

Collaborer avec eux a été un plaisir. L’équipe est réactive, cherche des solutions, est à l’écoute et leur noyau technique est très sérieux et expérimenté.

5. Comment se déroule le processus de réflexion d’une mise en lumière ?

C’est le contexte architectural, le contexte urbain et les usages qu’on a derrière qui va nous guider dans la réflexion. On se pose plusieurs questions : « Où-sommes-nous ? », « Que dit l’architecture ? ».

 

Notre travail est d’accompagner le travail des architectes, toujours dans le respect de ce qu’ils ont voulu dire. Mon approche sensible aux choses fait que j’ai besoin d’un vrai dialogue avec eux, afin de bien saisir leur volonté.

 

Sur le projet « La Pépite », ma mission était scindée en deux : la phase étude et la phase essais et mise en place. À la fin de la première phase, il était tout à fait possible que ma mission soit annulée.

Lors de la phase étude, le premier dossier que j’ai rédigé expliquait qu’il était évident qu’il fallait se positionner dans l’entre-deux afin d’exploiter l’architecture du vide. J’ai également expliqué quel effet on obtiendrait si on se positionnait à tel endroit et la manière dont il fallait se positionner pour ne pas gêner les logements. Mon objectif était d’être la plus claire possible sur ce qui était possible et ce qui ne l’était pas.

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Candéliance représente NOWATT LIGHTING sur la région des Hauts-de-France. Dans ce sens, notre expert Valentin DUFOREAU est intervenu lors des essais afin de s’assurer que la mise en lumière se passe dans de bonnes conditions. Une collaboration que Rozenn LE COUILLARD a jugé de bienveillante.

Nous tenons à remercier Rozenn LE COUILLARD pour ce partage d’expérience et pour nous avoir fait découvrir les coulisses de ce beau projet.

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