Les “ghettos du gotha”

Une urbanisation sancturarisée

Vous avez surement déjà vu à la télévision, la publicité du «site de rencontres pour célibataires exigeants»[1], Elite rencontre ? Un site de rencontres prônant l’entre-soi[2], qui est ici gage de succès amoureux et de belles histoires. Cette plate-forme pourrait aisément se définir et user de l’adage « Ceux qui se ressemblent s’assemblent »[3], car c’est du moins le message qu’elle véhicule.

« Avec les grands bourgeois, on a une situation expérimentale : on prend des gens qui n’ont aucune contrainte économique, des gens très fortunés depuis plusieurs générations et on regarde leur choix résidentiel. Que voit-on ? Ils habitent tous dans quelques arrondissements, voire dans certaines parties d’arrondissements (…) c’est un entre-soi très marqué.»[4]

Un cas d’étude.

En fait, cette recherche consiste à trouver ou retrouver et surtout appartenir à une communauté qui nous corresponde, nous convienne. De cette réussite se dégage une certaine satisfaction et un sentiment de sécurité. Chez Bourdieu[5], il serait question ici de nos habitus.[6]

Tous pareil !

N’est-il pas agréable de pouvoir rester soi-même, sans chercher à jouer le «Politically correct»[7], dans une volonté plus ou moins assumée de se fondre à la masse ou du moins ne pas faire de vagues ? C’est un sentiment que nous partagerions tous, et ce, peu importe notre classe sociale. Dans les milieux plus nantis, c’est tout simplement de ne pas culpabiliser d’arborer un quelconque symbole de richesse ou de réussite pouvant se traduire par une montre ou un sac de luxe.

«L’entre-soi permet d’exprimer les goûts et d’adopter les manières et les comportements les plus profondément intériorisés, ce qui n’est guère possible dans les situations de mixité».[8]

Une situation subie ou choisie ?

C’est pour cette même raison que les communautés ethniques et les classes sociales se concentrent souvent au même endroit : un quartier, voire une même tour à logements. La seule différence est que pour certains cette situation pourra être subie, ce qui n’est pas le cas des plus aisés qui ont tout le loisir de choisir l’endroit rêvé pour s’installer, un endroit qui sera lui aussi à leur image et peuplé de gens qui lui ressemblent.

«Le pouvoir économique et social est aussi un pouvoir sur l’espace. Ceux qui concentrent toutes les formes de richesse disposent des moyens financiers qui leur permettraient de résider où bon leur semble. Mais ils choisissent de manière systématique de se joindre à leurs semblables dans des espaces qui ont été créés par eux et pour eux, et dont ils détiennent le monopole.»[9]

Un droit d’accès.

Il va sans dire que ces espaces ne brillent pas par leur mixité, l’entre-soi préférant, comme nous vous le disions plus tôt, l’homogénéité. Dans les quartiers privilégiés, il est aussi question d’avoir le contrôle sur les individus qui ont le droit d’y accéder et surtout d’en jouir. Cette minorité argentée paient volontiers pour une tranquillité qu’elle estime méritée et amplement légitime.

«C’est une ville où il y a une certaine qualité de vie à partir d’indicateurs objectifs : une densité raisonnable, une aération avec des espaces verts, des espaces publics attrayants, des services publics, des commerces et où la circulation est relativement fluide. Il y a aussi des indicateurs subjectifs qui sont le bien vivre ensemble, un aspect très relatif.»[10]

Un service à la carte.

Citons par exemple la Villa Montmorency[11] dans le très chic 16e arrondissement, soit le code postal le plus recherché de France. Ces résidents ont tout à leur charge, c’est-à-dire l’[12] : «entretien des voies, travaux d’adduction d’eau, ramassage des ordures, élagage des arbres[13] En ces lieux, les espaces communs se sont naturellement privatisés et ne sont plus d’ordre public.

HLM ou LVMH[14] ?

Nous sommes donc encore loin d’une mixité sociale normalisée bien que voulue par certains politiques. La pauvreté serait encore bien ancrée dans certaines villes et quartiers, même dite territorialisée. Il y a encore et toujours de beaux quartiers qui n’apprécient pas de se voir imposer une cohabitation avec des HLM[15] . Certaines villes iraient même jusqu’à préférer payer des amendes plutôt que de voir pousser ce genre d’édifices dans leur paysage tant aimé. Pourtant ils pourraient être synonyme de richesse nouvelle offerte par l’hétérogénéité culturelle et sociale.

Les Ghettos du gotha.

Ces quelques Villas sont comparées  par certains à des «Ghettos du gotha»[16]. Un univers peu accueillant, voire hostile, pour celui ou celle qui n’y serait pas invité en bonne et due forme. Une «no go zone»[17] avec de hautes grilles, son gardiennage intensif et ses nombreuses caméras de vidéosurveillance… Il n’est pas question ici de se la jouer en mode touriste… C’est plutôt : circuler, il n’y a rien à voir !

 

 

[1] La majorité de leurs membres sont diplômés et des professionnels actifs. « En effet, 71 % de nos membres possèdent au moins un diplôme universitaire de premier cycle. » (Source Elite rencontre)

[2] L’homogamie sociale.

[3] « Les individus dotés de qualités et défauts semblables souvent s’associent ou forment des couples. » (Source Linternaute)

[4] http://www.liberation.fr/week-end/2005/01/01/a-paris-les-bourgeois-sont-a-l-ouest-les-bobos-a-l-est-et-les-prolos-dehors_504814

[5] Pierre Bourdieu(1930-2002) est un sociologue français.

[6] « Le terme “habitus” désigne en sociologie des dispositions constantes, ou manières d’être, communes à toutes les personnes d’un même groupe social, et qui sont acquises et intériorisées par éducation. Pour Bourdieu, nos orientations, nos stratégies et nos goûts individuels sont des variantes de nos “habitus de classe”. Cependant, la théorie de l’habitus n’est pas déterministe. »( http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/auteurs/bourdieu.htm)

[7] Le politique correct : « ésigne, principalement pour la dénoncer, une attitude véhiculée par les politiques et les médias qui consiste à policer excessivement ou modifier des formulations parce qu’elles pourraient heurter certaines catégories de population, notamment en matière d’ethnies, de cultures, de religions, de sexes, d’infirmités, de classes sociales ou de préférences sexuelles. »( Source Wikipédia)

[8] https://www.humanite.fr/node/444098

[9] https://blogs.mediapart.fr/edition/la-revue-du-projet/article/180516/l-entre-soi-des-beaux-quartiers-sous-haute-protection.

[10] http://www.lettreducadre.fr/7486/pour-les-bourgeois-une-ville-riche-est-une-ville-ou-lon-se-retrouve-entre-soi%E2%80%AF/

[11] « est une villa (résidence fermée) située sur une butte du quartier d’Auteuil dans le 16e arrondissement de Paris. »(Source Wikipédia)

[12] Le règlement interne comptabilise une quarantaine de pages. (https://www.planet.fr/politique-villa-montmorency-ce-quil-faut-savoir-sur-la-tres-chic-villa-de-nicolas-sarkozy.1529092.29334.html)

[13] https://www.planet.fr/politique-villa-montmorency-ce-quil-faut-savoir-sur-la-tres-chic-villa-de-nicolas-sarkozy.1529092.29334.html

[14] « LVMH est le grand leader de l’industrie du luxe dans le monde en termes de chiffre de ventes. Le nom du groupe correspond aux initiales de Louis Vuitton Moët Hennessy. »( Source Journal du luxe)

[15] Soit « Habitation à loyers modérés. »

[16] Titre d’un livre de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot, sociologues des élites en France.

[17] « Une «zone interdite» est une zone dans une ville interdite aux autorités civiles par une force telle qu’un groupe paramilitaire ou une zone interdite à certaines personnes ou à certains groupes. » (Source Wikipédia)

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