L’éclairage public a un rôle à jouer dans le partage de la ville !

Le terme de ville inclusive est aujourd’hui de plus en plus utilisé. Mais sa signification peut parfois paraître un peu confuse. Derrière cette vision urbaine, des notions de partage urbain apparaissent inévitablement. La ville inclusive, ou la ville pour tous, désigne en effet cet espace urbain qui peut être facilement utilisé par l’ensemble de la population, quels que soient leurs modes de vies, leurs âges, leurs difficultés de mobilité etc. Une cité facilement appréhendable par ses utilisateurs suppose nécessairement un accès égal aux informations délivrées par l’environnement immédiat, dans une langue compréhensible par tous et dans des conditions de lisibilité adaptées aux éventuelles difficultés de chacun. En ce sens, au-delà même d’une nécessité physiologique, l’accès à un éclairage adapté représente un enjeu majeur dans la construction d’une ville pour tous.

La lumière telle qu’elle est mise en scène dans les espaces publics, conditionne d’ailleurs fortement la perception et les pratiques urbaines des citadins au sein des espaces publics dans lesquels ils évoluent. De jour comme de nuit, la lumière dicte l’usage de la ville et devient un outil à part entière de l’aménagement du territoire pour une ville durablement partagée.

L’éclairage public a un rôle à jouer dans le partage de la ville

L’accès à la lumière doit être universel et partagé

La lumière naturelle est une ressource universelle et illimitée, offerte de jour par les rayons du soleil. Mais de nuit, c’est-à-dire 50% du temps sur une année, c’est une lumière artificielle, objet économique, qui permet à tous de pouvoir distinguer clairement les alentours. Tous égaux face aux apports solaires, les rapports sociétaux vis-à-vis d’un éclairage contrôlé et commercialisé sont quant à eux largement plus inégaux. Cela signifie qu’il apparaît primordial de savoir concevoir un éclairage artificiel qui puisse être réparti de manière égale sur l’ensemble des territoires, tout en étant parfaitement conforme aux besoins de toutes les populations. Au contraire, une offre lumineuse inadaptée risque de plonger une partie de la population touchée dans une situation de handicap la moitié du temps. Afin de contrer cette menace d’inégalités sociales et territoriales, il semble donc nécessaire de développer davantage de normes en matière d’éclairage public.

Parmi les utilisateurs ayant des besoins particuliers quant à l’accès à une lumière adaptée, les personnes aveugles ou malvoyantes se trouvent en première ligne. Bien entendu, il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas des seules personnes auxquelles il faut s’adapter pour proposer un éclairage partagé. L’ensemble de la population doit pouvoir accéder à ce même éclairage : car ne l’oublions pas, c’est dans le cas d’un éclairage inefficace qu’une situation handicapante se vérifie ; Dès lors, chacun peut donc être considéré comme malvoyant potentiel.

Des normes peu favorables à un éclairage inclusif

Pour répondre à cette notion de ville inclusive, de qualité d’usage et d’accès à tout pour tous, des normes ont déjà été élaborées en France, en particulier dans les Établissements Recevant du Public (ERP), les Installations Ouvertes au Public (IOP) et les Bâtiments d’Habitation Collectifs (BHC). Au niveau de la voirie, dans le cadre des la mise en place de Plans d’Accessibilité de la Voirie et des Espaces publics (PAVE), l’intensité de l’éclairage n’est en revanche pas imposée par les textes législatifs français, ce qui peut constituer un obstacle entravant l’accessibilité des utilisateurs sur les trottoirs.

Parmi les contraintes réglementaires, un éclairement moyen horizontal de 20 lux minimum doit être mesuré au niveau du sol, sur toute la longueur du cheminement accessible ainsi que dans les zones de transition. Afin d’utiliser au mieux les éléments disponibles dans les établissements, les bâtiments ou les installations, une lumière plus importante doit éclairer les points stratégiques, comme les portes, les panneaux d’informations, les éventuels dangers de mobilité (éléments en saillie par exemple) etc. Outre la sécurité, la lumière peut par ailleurs se révéler comme étant un élément de confort supplémentaire, par exemple par son intégration subtile au sein du mobilier de manière à en permettre une meilleure utilisation. Les mains courantes peuvent par exemple disposer de LED pour guider la main des utilisateurs.

Si des arrêtés mettent en place certaines recommandations en faveur d’un meilleur éclairage public, ce ne sont donc que les ERP, les IOP et les BHC qui sont soumis à des contraintes réglementaires. Pourtant, dans la volonté de construction d’une ville inclusive, l’éclairage public n’est semble t-il pas encore considéré comme étant un élément central d’une ville partagée durablement. La mise en place de normes d’éclairage concernant le bâti ne suffit en effet pas à garantir des espaces publics adaptés à tous. Il est certain que l’intégration d’un éclairage public approprié et harmonieux, à travers l’apparition de nouvelles normes et d’un nouveau regard sur cette notion, permettra à terme de mieux partager la ville inclusive, de jour comme de nuit !