Les enjeux en matière de cadre de vie de l’espace public doivent intégrer une vision globale mêlant l’humain avec son environnement et avec sa propre évolution. Alors que le nombre de personnes âgées en France ne cesse de croître, les défis de la mobilité urbaine prennent de plus en plus d’ampleur dans les réflexions des aménageurs. Mais l’accessibilité ne concerne pas uniquement nos aînés. Elle doit être universelle, c’est-à-dire portée et vécue par tous les utilisateurs de la ville !

La ville inclusive est avant tout une ville confortable

La loi du 11 Février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, complétée par l’ordonnance du 26 Septembre 2014, définit un cadre juridique à cette notion d’accessibilité. Ce dispositif législatif impose de nouvelles normes réglementaires, certes nécessaires, mais qui s’accumulent sans être respectées par les communes françaises. La ville inclusive n’est toutefois pas qu’une question de lois à respecter pour être “en règles”. Il s’agit d’une vision de la ville qui est une affaire collective pour que l’urbanité soit la plus totale, dans son acception la plus large : celle de la politesse de la ville à l’égard de ses habitants, celle d’une cité galante et accueillante.

De manière générale, il est de coutume de penser que le manque d’accessibilité est créé par le handicap ou par la perte d’autonomie d’une personne. En réalité, c’est un environnement inadapté qui sera la cause d’une mobilité altérée : des pavés déchaussés, des terrasses encombrantes… Il n’y a donc de handicap que lorsque les aménagements provoquent une situation handicapante. C’est la raison pour laquelle il est important d’adopter un regard différent sur la ville inclusive, accueillante pour nos aînés, comme pour toutes les personnes pouvant avoir des difficultés de mobilité. Le concept de Haute Qualité d’Usage (HQU) intègre ainsi une démarche qui replace l’humain au coeur des projets d’aménagement pour le bien-être de tous les utilisateurs de la ville.

Mais la ville inclusive, c’est aussi un engagement collectif

Pour tendre ensemble vers une qualité d’usage optimale de la ville, plusieurs stratégies peuvent être déployées. Au-delà des normes réglementaires souvent perçues comme étant contraignantes, il s’agit dans un premier temps de sensibiliser l’ensemble de la population aux enjeux d’une ville inclusive. Une bonne intégration universelle suppose donc un engagement collectif, de la part des collectivités ainsi que de ses utilisateurs quotidiens.

Par exemple, le label Tourisme et Handicap, puis le label Destination pour Tous, ont vocation à féliciter les villes qui mettent en place une stratégie complète d’intégration des touristes rencontrant des difficultés de mobilité lors de leurs séjours de loisirs. Le concours européen Access City récompense quant à lui chaque année les efforts des villes de plus de 50 000 habitants en matière d’accessibilité  universelle. Née en 2005 sous l’impulsion de l’OMS et de l’Agence de la Santé Publique au Canada, l’association Villes Amies des Aînés réunit les collectivités du monde entier qui fournissent des efforts particuliers en termes d’inclusion en faveur des aînés. Ces initiatives peuvent se traduire par des offres technologiques permettant, par exemple, aux personnes à mobilité réduite d’être informées en direct de la situation du réseau de transports, des moyens d’accès et éviter “l’appréhension de la non-accessibilité” qui crée l’isolement.

Mais en plus de ces récompenses décernées aux pouvoirs publics ou de leurs engagements, il ne faut pas oublier que l’humain est ici le coeur des préoccupations. Ce qui signifie que l’intégration des personnes fragiles par une mobilité réduite se réfléchit aussi à échelle plus restreinte, émanant des engagements des citoyens vis-à-vis de leurs semblables. Visites guidées à Barcelone lors du Easy Walking Tour Gòtic ou offres de services de transports personnalisées par exemple, les possibilités d’entraides entre individus sont multiples !

C’est donc possible ! L’inclusion des personnes âgées dans nos villes, mais également de l’ensemble de la population est à portée de main. Et pour pouvoir embrasser ce concept de ville partagée, il est nécessaire de replacer l’humain au coeur de nos réflexions urbaines, dans le cadre d’une Haute Qualité d’Usage de la cité. Les textes réglementaires sont donc vertueux, mais ils ne font pas tout ! À l’image de la collectivité de Bruxelles qui met volontairement en oeuvre depuis 2014 une accessibilité totale de son territoire, qu’attend-on pour faire émerger une conscience du partage et de la ville pour tous ?

France HULLAERT

PDG, fondatrice de Candéliance